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51° Festival international de Leipzig du Film
documentaire et d’animation 27 octobre - 2 novembre 2008
Le prix du Jury Oecumenique a été décerné à :
EL OLVIDO (Oblivion) : L’Oubli,
Réalisation : Heddy Honigmann, Pays-Bas, Allemagne 2008
En règle générale, ils passent inaperçus dans cette ville tentaculaire de Lima : les barmen, les petits cireurs de chaussures ou les fillettes qui exécutent des acrobaties aux carrefours pour gagner quelques sous. Mais Heddy Honigmann, la réalisatrice de El Olvido leur accorde toute son attention. Son film met en lumière la dignité et la grâce des gens humbles qui peuplent les quartiers pauvres de Lima. Ils sont le cœur secret de la ville. Douée d’empathie, Heddy Honigmann leur donne la parole, alors ils parlent de leur vie. Et peu à peu apparaissent l’absurdité et l’injustice qu’a engendrées jusqu’à ce jour l’impuissance des gouvernements successifs du Pérou.
Heddy Honigmann, fille d’émigrants juifs, est née à Lima en 1951. Elle a fait des études de cinéma à Rome puis s’est établie à Amsterdam en 1978. Elle a tourné de nombreux films :
- 1983 : de Witte Paraplu
- 1992 : Metal and Melancholy
- 1995 : Au revoir
-
1996 : O Amor Natural
-
1997 : The Underground Orchestra
-
1999 : Crazy
- 2003 : Dame la Mano
- 2006 : Forever
En 1992, elle obtient la « Colombe d’argent » au DOK-Festival de Leipzig. Cette année, Heddy Honigmann est primée trois fois pour El Olvido :
- Le prix du Jury Œcuménique
- Le prix de la Fipresci
- La Colombe d’Argent du Grand Jury
Membres du jury:
- Pier Mario Mignone (Italie). SIGNIS
- Lothar Strüber (Allemagne), SIGNIS
- Francoise Lods (France), INTERFILM
- Angelika Obert (Allemagne), INTERFILM
(Traduction: Françoise Lods)
50° Festival international de Leipzig du Film
documentaire et d’animation
du 29 octobre au 4 novembre 2007

Le jury oecuménique décerne son
prix au film KAMIENNA
CISZA (Stone Silence),
de K. Kopczynski, Pologne 2007.
Dans un village afghan, une femme mariée,
adultère, a-t-elle été
lapidée ? Par des images fascinantes, le film
mène le spectateur à travers un labyrinthe de
vérités et de mensonges, de non-dits et de
contradictions. La communauté villageoise essaie
d'échapper à la pression de la loi, de la religion et de la
tradition. Dans sa quête prenante pour trouver la
vérité, le film réussit à
dépasser le contexte local et à poser de
façon actuelle et provocante la question biblique :
« Celui qui est sans
péché, qu’il jette en premier la pierre
sur elle. »

Le Jury oecuménique a
été composé de:
- Guido Erbrich, Allemagne
- Margrit Frölich, Allemagne
- Erich Langjahr, Suisse
- Jacques Vercueil, France
>Commentaire de Jacques Vercueil, profilien, membre du
jury (texte propre au site de Pro-Fil) :
Magnifique paysage de rochers
et poussière
des montagnes afghanes ; enfants et bourricots trottant sur un
sentier
au flanc géant d’une vallée ;
maisons
en terre et arbres en fleurs dans des jardinets-oasis : dans
ce
village, Amina, une femme mariée, a-t-elle
été lapidée pour
adultère ?
Elle est morte d’un arrêt cardiaque, disent
villageois et notables. Elle méritait de mourir, dit sa
mère du fond de sa burka. Ce fut une lapidation, dit un
magistrat. Le mari travaille en Iran, absent depuis six ans.
Krzysztof Kopczynski, polonais, producteur et
scénariste de nombreux documentaires,
se trouvait en
Afghanistan, enseignant le cinéma, quand une
dépèche BBC signala un cas de lapidation (23
avril 2005) au village de Spin Gaw. Quelques jours pour rendre possible
l’expédition, et le voilà sur place,
réalisateur pour la première fois. Le labyrinthe
des dénégations, contradictions, non-dits,
mensonges et demi-aveux auquel il est confronté illustre les
déchirements d’une société,
depuis la famille et le village jusqu’aux magistrats et
à la Commission nationale des droits de l’homme,
face à sa responsabilité dans un acte collectif
inhumain, et le poids effrayant du groupe sur ses membres. «
Elle ne peut avoir été
lapidée
», dit ce jeune uléma à lunettes,
« car ceci n’est légal que si
quatre
témoins ont constaté l’engagement
coïtal ! »
Une seconde visite dix-huit mois plus tard permet au
réalisateur de revenir sur le sujet. Autant les villageois
étaient excités et loquaces, sinon
véridiques, lors du premier passage, autant sont-ils
réticents lors du second. « Que nous
apportez-vous, en venant ici ? » demande un
vieil
uléma à Kopczynski. L’affaire, qui
avait agité en son temps l’opinion internationale,
est classée désormais. L’amant Karim
qui s’était enfui, roué de coups, est
rentré, profil bas. C’est sa mère
enfin, saturée de mensonges, qui fait se craqueler le masque
du déni, à l’effarement
choqué de ses proches. Et dans une admirable
dernière scène, la petite sœur (8 ans)
d’Amina, harcelée par les adultes autour
d’elle de questions et réponses sur son futur,
nous laisse dubitatifs sur sa liberté dans la vie qui
l’attend.
Le film est riche en images superbes et fortes. Qui
oubliera comment la mère d’Amina, pour montrer
combien elle diffère de sa fille indigne, soulève
en silence la prison bleue de sa burka ? Nous sommes
pilotés
fidèlement, ce qui ne veut pas dire clairement, parmi les
camouflages d’une réalité qui restera
incertaine – bien que chacun se soit fait facilement une
conviction. Ce masque opposé au réalisateur
occidental, le serait-il à tout autre ? Le Jury
œcuménique a jugé que Kopczynski
– aimablement sensible à ce
« prix
prestigieux » – a su faire percevoir par
sa
présence révélatrice les efforts,
spontanés ou contraints, de cette communauté pour
nier et oublier. « Celui d’entre vous qui
est sans
péché, qu’il jette en premier la pierre
contre elle. » N’avons-nous pas aussi,
dans notre
histoire de France, quelques placards encore enfouis dans la naphtaline
?
Documentaire soumis comme tout autre à la
tension entre éthique et réalité,
Stone silence la résout de façon exemplaire en
utilisant la réaction même de ses sujets
à l’invasion investigatrice pour en faire la clef
de la découverte du réel – non pas ici
comment Amina est morte, mais comment les survivants survivent
à cette mort.
Jacques Vercueil
Un Jury Œcuménique au Festival du
Film Documentaire de Leipzig
Le jury œcuménique de Leipzig
était tout petit : quatre membres ! Ils étaient
six autrefois, mais si bien logés qu’il a fallu
réduire. En 2007, il comportait une dame et trois messieurs,
venant d’Allemagne, de Suisse et de France – des
compagnons sympathiques, ouverts, d’une grande
compétence, expérience et finesse dans leurs
analyses : j’ai beaucoup appris. On travaillait en anglais et
en allemand, moi ne m’exprimant qu’en anglais, un
autre juré qu’en allemand. Deux catholiques, deux
protestants : à aucun moment n’est apparu un
clivage selon ce critère – des clivages, il y en
eut, mais ailleurs.
Chaque film étant projeté deux
fois, nous avons d’abord établi un calendrier
commun de visionnage. Puis tous les matins, au petit
déjeuner, séance de travail sur les films de la
veille : chacun présente son tour d’horizon rapide
(films à prendre en considération, films
d’intérêt mineur) puis, dans un second
tour, chacun commente les films retenus au premier tour. Et on continue
le lendemain. Une fiche d’analyse et notation avait
été distribuée par le
président du Jury, elle n’a jamais
été utilisée. Chacun avait en
tête par ailleurs les critères
des jurys œcuméniques, qui nous
avaient été communiqués à
l’avance.
Pour la séance conclusive, nous
étions convenus que pourraient être remis en jeu
des films écartés antérieurement, mais
ce ne fut pas nécessaire. Chacun a noté sur un
papier ses trois « longs »
préférés, et ses deux «
courts ». En effet, les films en sélection
allaient de 8 à 135 minutes ;nous avions initialement
décidé de ne pas les différencier,
mais à la fin nous avons reconnu que l’on ne
pouvait, dans l’échantillon en question, accorder
autant de poids aux courts qu’aux longs. Nous aurions
aimé proposer une mention pour le meilleur court (moins de
45 minutes, définition du festival) ;ce ne fut pas
possible, mais notre favori eut le prix d’un autre jury.
La discussion la plus approfondie a donc eu lieu
à ce moment. Quatre films (longs) émergeaient de
ce premier tri ;nous nous sommes exprimés et
écoutés une fois de plus. Un film, que tous
avaient cité en « pis aller », a pu
être rapidement écarté. Un second
l’a été aussi d’un commun
accord après discussion de ses mérites, auxquels
manquait l’originalité. Deux films restaient,
fortement préférés par les uns ou les
autres ;l’un suscitait de vives réticences,
l’autre non, et ce dernier a été
primé. Pour les courts, nous avions tous cité le
même film en première ou seconde place, le choix
était facile.
Il fallait faire connaître les
décisions des Jurys avant le Vendredi minuit, la remise des
prix ayant lieu le Samedi à 19 heures. Mais il fallait non
seulement se décider, mais encore se justifier –
rédiger la ‘motivation’. Nous
remîmes notre copie le Samedi à zéro
heures et pas grand-chose, mais nous avions oublié de signer
le diplôme, ce qui fut fait au petit déjeuner le
lendemain. Lors de la remise des prix, le Jury
Œcuménique fut le premier appelé
à faire connaître son choix, et le
réalisateur eut la courtoisie de se déclarer
très fier de ce prix « prestigieux ».
De quoi était composée la
Sélection internationale que nous avions à
apprécier ? 22 films (y compris un film
hors-compétition, qui fut d’ailleurs
projeté après la date limite de notification du
prix) dont vous trouverez ci-dessous les résumés,
accompagnés chacun d’un commentaire qui
n’engage que moi. En bref, 13 longs métrages et
neuf courts, tournés pour un tiers en 35 mm, un tiers en
vidéo analogique et un tiers en vidéo
numérique ;trois films tout en Noir&Blanc et deux
en faisant un usage partiel. Films d’origine
européenne pour la plupart, et surtout d’Europe du
nord et de l’est, mais avec autant de sujets pris hors
d’Europe qu’en Europe, et autant de sujets pris
dans son pays qu’à
l’étranger. Les thèmes balaient la
panoplie classique du documentaire
« humaniste » :
affronter la souffrance, la mort, la sienne ou celle
d’autrui, mais aussi la vie et les surprises ou les
déchirements qu’elle nous réserve.
L’humain est un animal social, auquel la
société peut infliger les pires traitements
(l’enfer, c’est les autres ?), mais que son esprit
dote d’une capacité de survie incroyable, dont le
pouvoir d’aimer. Tout cela n’est pas toujours gai,
et les quelques moments humoristiques ou vraiment enjoués se
sont fait remarquer.
De nombreux jurys étaient au travail, mais
tout le monde a remarqué que les prix et mentions ont
été attribués à des films
tous différents – ce qui montre d’une
part, qu’il y en avait pour tous les goûts ;et
d’autre part, qu’il n’y avait dans cette
collection aucun chef d’oeuvre qui
s’imposât.
Résumés et commentaires des films
Les films sont
rangés dans l’ordre où ils ont
été vus par le Jury.
Les traductions
des titres en français sont non-officielles.
Serras da
Desordem (The Hills of Desorder/Les Monts du désordre)
de Andrea
TONACCI, Brésil 2006 (35 mm, couleur, 135 min.)
Résumé
– Des colons ont
massacré tous les membres d’un groupe
d’indiens amazoniens, et enlevé un
garçonnet. Seul autre survivant, son père
s’est enfui dans les bois. Après dix ans
d’errance, il débouche dans un village
où il est bien accueilli, et où il
découvre une civilisation totalement nouvelle pour lui. Il y
passe des années, jusqu’à ce que les
autorités en charge des indiens – protection et
contrôle -– le confient, ayant vaincu les fortes
réticences des villageois, à une famille
d’anthropologues bienveillants. Puis il découvrira
son fils disparu, intégré quant à lui
dans « notre » monde. Il finit par retourner au
fond de la forêt vierge, dans une tribu de son monde
à lui.
Commentaire
– Ce film très
intéressant formait un bon début pour le
festival. Le sujet --– une histoire vraie (le massacre eut
lieu en 1977) qui illustre, au-delà de l’horreur
du crime, les insolubles difficultés de la mise en contact
de modes de vie trop différents –
mérite attention ;l’histoire, bâtie
autour du personnage fascinant de l’indien survivant
Carupiru, fait le tour de la question de façon intelligente.
Le film est de facture agréable, presqu’en entier
« rejoué » par ses personnages
d’origine : on en est informé officiellement en
fin de séance, quand est montrée à
nouveau la scène d’ouverture – au sein
de la forêt, Carupiru allume un feu – avec les
trois mètres de recul qui font apparaître
l’opérateur et sa caméra. Mais il
souffre de faiblesses de construction, qui créent par
exemple des confusions de temporalité : ainsi, lorsque
Carupiru entre dans le village, fictivement au sortir des dix ans
d’errance dans la forêt, et qu’il est
accueilli, cette scène rejouée avec quelques
habitants du village se fond dans la suivante, « prise
directe », où le village lui souhaite «
bienvenue de retour parmi nous » … retour qui eut
lieu certes, mais dix ans après la scène
précédente ! Confusion gênante, au
moment crucial du premier contact entre
l’aborigène et les villageois modernes…
Le recours au noir et blanc pour tantôt, évoquer
les souvenirs de Carupiru, et tantôt colorer de grisaille ses
moments d’angoisse, est aussi trompeur. La
séquence violente du massacre des indiens,
entièrement jouée celle-ci, du
côté des tueurs comme des tués,
introduit de façon déroutante une action de
western au milieu d’un film jusque là
d’anthropologie (reconstituée, ce que
l’on ne sait pas encore). Les images de la vie des indiens
dans leur forêt évoquent trop naïvement
« la vie idyllique du bon sauvage », et
n’apportent aucune information « anthropologique
» sérieuse. En revanche, les personnages (vrais)
du village accueillant sont attachants, et les fonctionnaires en charge
des indiens, qui n’ont pas le beau rôle,
n’en sont pas pour autant diabolisés. Surtout, ce
grand diable tout nu de Carupiru, muet le plus souvent, car quand il
parle personne ne le comprend, a un sourire tranquille qui fait plaisir
à voir, et une placidité devant les
expériences incroyables qui déferlent sur lui,
qu’on lui envie.
Jean
Paul de Francesco UBOLDI, Italie 2006
(Beta SP, couleur, 9 min.)
Résumé
– Au Cameroun, le
cinéaste entend parler d’un homme
attaché hors du village à un arbre, pour y mourir
abandonné. Il était insupportable, voleur,
démoniaque, sorcier, et fut condamné par sa
famille et notamment par son oncle, chef de la gendarmerie voisine. Sur
place, un coin de brousse, Jean Paul est allongé
à terre, sans abri ;le guide lui parle brutalement, tout en
l’adjurant de ne pas se venger sur lui, après sa
mort, car lui « n’y est pour rien ». Jean
Paul, presqu’inaudible, demande à boire ;rien
n’est fait. On repart ;un commentaire off nous fait savoir
qu’il mourra dans la nuit qui suit.
Commentaire
– Fallait-il filmer ? N’y avait-il pas
mieux à faire, comme donner à boire, ou sauver ?
Le réalisateur explique son impuissance – il est
étranger, inconnu, sans aucun droit ni pouvoir, ni
capacité d’agir immédiatement, dans ce
village de brousse, parmi ces gens en proie aux esprits et à
la sorcellerie… Les images sont décentes,
respectueuses autant que possible, le montage intentionnellement rendu
transparent par des coupures au noir… Mais fallait-il filmer
? Y-a-t’il quelque valeur qui vaille plus que le
désir obsédant de ne pas rater un scoop
?
Rain in my Heart (Il
pleut dans mon coeur) de Paul WATSON, Royaume Uni 2006
(Beta DIGITAL,
couleur, 100 min.) Prix du syndicat ‘Arts et
Media’.
Résumé
– Toni, Marc,
Wanda, Nigel,
quatre alcooliques graves, totalement intoxiqués, le corps
détruit, au bord de la mort : Toni et Nigel
décèdent pendant le tournage, Marc peu
après. Ils sont à l’hôpital,
tubés et perfusés, leurs pansements soulignant
les ravages subis ;ils sortent et reviennent peu après,
nouveau coma éthyllique. Marc vide grand verre
après grand verre de vin rouge, de combien de bouteilles
est-il approvisionné chaque jour, comment ? Les familles
sont présentes, déroutées,
désarmées – le médecin de
l’hopital désabusé, tout autant
désarmé. Il sait vers quelle fin ils sont en
route, s’exprime sans détour vers eux et vers la
caméra. Paul Watson s’intéresse surtout
à deux personnes : Kate, épouse incroyablement
solide, courageuse et aimante (« il ne m’a jamais
battue ! ») de Nigel qui meurt d’une cirrhose
acquise dix ans auparavant, car il ne boit plus depuis qu’il
est avec Kate – et Wanda, femme solitaire,
déprimée, auprès de qui le
réalisateur acquiert un rôle de plus en plus
évident et ambigu – lui non plus ne bat pas !
– qu’il tente de justifier face à sa
caméra.
Commentaire
– Fallait-il filmer ? Est-ce parce que personne
ne l’avait fait avant, qu’il fallait donner
à voir cette déchéance et cette
souffrance ? Watson a été repoussé par
plusieurs dizaines d’hôpitaux avant que celui-ci
lui laisse une étroite entrée – une
seule caméra, lui seul, sauf quelques scènes
où il est assisté par un stagiaire et une seconde
caméra – et quatre patients seulement ont
accepté d’être filmés.
L’argument selon lequel « l’alcoolisme
est un fléau grave, accepté de façon
irresponsable dans nos sociétés, dont il faut
faire connaître les conséquences atroces !
» lui permet d’étaler complaisament
vomissements, bandages et suffocations. Faut-il donner tort
à tous ces directeurs d’hôpital qui ne
voulaient pas de ça, et les soupçonner
de… de quoi ? Watson, après la projecrtion de
Serras da desordem, reprochait à Tonacci d’avoir
mal géré l’éthique de sa
relation avec ses sujets, et lui dit : « Attendez de
voir mon
film ce soir ! ». Cette infatuation de prima donna et
ses
remarques « méthodologiques » en cours
de film (il explique à Wanda le modèle
documentaire de la mouche sur le mur : « Je ne peux
vous
arrêter [de boire], dans la mesure où je ne suis
pas ici, bien que vous et moi sachions que j’y suis !
») démenties pas les images qu’il
montre, rendent d’autant plus insupportable la satisfaction
évidente de Watson à se voir devenir important
aux yeux de Wanda – un bourdon, plutôt
qu’une mouche ! Mais mon allergie au vedettariat
n’est pas partagée par tous, et le film a
été primé par le Jury du Syndicat
ver.di* (Media et Arts) : « Vous ne pouvez
résoudre
les problèmes – mais vous devez montrer
qu’ils existent » (Paul Watson).
* Vereinte Dienstleistungsgewerkschaft (Syndicat
unifié des services)
Dirty
Pictures (Hotel Diaries 7), Images Sales (Journal
d’hôtel N°7) de John SMITH,
Royaume-Uni+Palestine
2007 (BETA SP, couleur, 14 min.) Mention du Jury international
(courts).
Résumé
– A Bethleem, John Smith filme
le plafond de sa chambre d’hôtel, plafond
formé de plaques dont certaines s’agitent ;puis
le regard de la caméra sort par la fenêtre et se
pose sur les hautes parois du mur qui serpente à quelques
encablures, le Mur censé enfermer la Palestine. Autre
chambre d’hôtel en Israël
désormais, Smith se filme dans la glace de
l’armoire tout en racontant son expérience de
traversée de la frontière, et
l’échec à en faire autant
d’une femme palestinienne.
Commentaire
– Dans la mesure où le
cinéma est fait d’images signifiantes (est-ce une
proposition théoriquement acceptable ?) ceci n’est
pas du cinéma, car ces images sont insignifiantes. Smith,
coutumier du film de chambre d’hôtel (ce court
métrage est le septième de la série
« Hotel diaries »), se sert de ce squelette convenu
pour y articuler librement une chair porteuse de sens… Je le
soupçonne d’avoir soudoyé un
employé de l’hôtel pour remuer ces
plaques de plafond baladeuses qui apportent le seul moment intriguant
(oh ! si peu !) d’un long quart d’heure de
projection. On peut juger que le manque
délibéré
d’intérêt des images
projetées – valise sur le lit, tiroirs de la
commode, moulures de l’armoire... -– veut
concentrer notre attention sur les propos de Smith… Pour
moi, je ne crois pas que tant de charité soit
méritée ;pourquoi chercher à sauver
de la médiocrité ce tout petit film ?
D’autant que lui aussi a été
honoré d’une mention, par le Jury international :
« Une façon personnelle de penser et filmer en
même temps ». Nul doute, Gerald Ford
n’aurait su en faire autant !
Kinder, Wie die Zeit vergeht (Children,
as time flies/Enfants, comme le temps passe !)
de Thomas HEISE,
Allemagne 2007 (35 mm, N&B, 86 min.) Colombe d’argent
du Jury international.
Résumé
– Dans Halle Neustadt, glauque
ville nouvelle que domine la méga-entreprise
pétrochimique Leuna, une famille
éclatée : la maman, Jeannette, a
auprès d’elle un nouveau mari et son second fils
Paul du premier mariage ;Tommi, l’aîné,
est en école spécialisée pour cas
difficiles. Paul, jeune adolescent, fait tout bien ;Tommi, qui
se
croit presqu’adulte, fait tout mal : la mère met
sa photo de côté, disant en substance «
Celui-là, c’est foutu ! ». Et Thomas son
idole, le jeune frère de sa mère, est un
néo-nazi…
Commentaire
– Ce film est le
troisième d’une série («
observation au long cours ») commencée dans les
années 1990 : le réalisateur est manifestement un
vieux complice, à qui on se confie facilement. Mais
l’histoire présente certainement plus
d’intérêt pour qui a
déjà suivi cette famille, que pour qui la
découvre, comme moi. Par exemple, on apprend que Jeannette
est devenue chauffeur de bus, et on la verra dans son métier
: cela m’a paru banal, mais j’ignorais que tel
était son rève de jeune femme, quand elle
débutait difficilement sa vie dans les épisodes
précédents ! L’immeuble
démoli où les jeunes se pourchassent en jouant
une bataille était celui où vivait autrefois
Jeannette, l’existence de nazillons comme Thomas
était le sujet du premier épisode… il
faut le savoir ! Un très beau travelling (la photo et les
cadrages, très soignés,
bénéficient de la délicatesse du
noir-et-blanc) présente longuement le paysage industriel de
Neustadt-Leuna, que l’on retrouvera en clôture, et
on verra quelques personnages y travailler, mais cette mise en contexte
inutile ne se reflètera nulle part ailleurs dans
l’histoire… Une tranche de vie avec ses craintes,
ses promesses, ses impasses… mais qui ne dit rien de
spécial, détachée des deux autres
épisodes. Il a reçu la Colombe d’argent
(long métrage) décernée par le Jury
international : « Crépuscule, paysage industriel,
jeunes garçons, sombre futur – et
l’Allemagne. »
Kamienna Cisza
(Stone Silence/Silence de pierre) de
Krzysztof KOPCZYNSKI, Pologne 2007 (Beta DIGITAL, couleur, 52 min.)
Prix du Jury Œcuménique (voir le texte
ci-dessus).
Résumé
– Dans un village afghan, le
réalisateur enquête pour savoir si Amina, femme
mariée coupable d’adultère, a
été lapidée. Officiellement (selon les
religieux ;un magistrat dira autre chose), et
répété par tous les villageois avec
soulagement, « elle est morte d’un arrêt
cardiaque. » Certes ! Sinon, elle ne serait pas
morte...
Première partie du film peu de jours après son
décès, seconde partie dix-huit mois plus tard.
Silences, mensonges, dénégations, contradictions,
quelques bribes de vérité surgissent.
Commentaire
– Ce n’est plus le sort d’Amina qui nous
préoccupe :- elle est morte, et d’ailleurs sa
mère la condamne. Ni le fait ou non de la lapidation : bien
que cette "vérité" ne soit jamais
confirmée, notre conviction est bien établie.
Non, l’intérêt du film est dans les
contorsions de cette société (la famille, la
communauté villageoise, bien sûr, mais il y aussi
une Commission des droits de l’homme, fort peu
émue, et des religieux et magistrats à
différents niveaux) face à un crime à
responsabilité collective, que la sagesse conseille
d’oublier au plus tôt, effort d’oubli que
l’intervention du réalisateur perturbe gravement.
Cette intervention discrète mais permanente,
inévitablement, fait donc partie du «
scénario », bien qu’elle ne se manifeste
que dans les discours et les regards des villageois – et dans
quelques questions audibles. Une magnifique image illustre ces
déchirements : la mère d’Amina,
enfermée dans sa burka, tient des propos très
durs sur sa fille ;et comme on lui demande si celle-ci lui
ressemble,
elle affirme que non… et relève son masque pour
révéler son visage à la
caméra. Primé par le Jury
Œcuménique : « Celui qui est sans
péché, qu’il jette en premier la pierre
sur elle. »
Hamishe Baraye Azadi Dir Ast (It’s
Always Late
for Freedom/La liberté vient toujours tard) de Mehrdad
OUSKOUEI, Iran 206 (Beta SP, couleur, 53
min.)
Résumé
– Le film s’ouvre sur
une séance de télévision de la coupe
du monde de football (2006), les jeunes spectateurs assis sur des
tapis. Il s’agit d’une prison pour mineurs en Iran,
qui sera le décor permanent du film, avec quelques
aérations dans le jardin ou par une fenêtre sur la
rue. Dans cet établissement propre, spacieux, confrtable
– si ! si ! – coexistent une douzaine, ou
guère plus, d’adolescents enfermés pour
des séjours de quelques semaines en
général (surtout pour affaires de drogue).
L’un d’entre eux est ici pour obéir
à sa maman. Visites des familles, les mamans, dans une
pièce qui rappelle la salle d’attente
d’un médecin ;présence d’un
jeune mollah sympathique ;gardiens qui sont plutôt des
surveillants généraux. Ces jeunes polis, sages,
réfléchis, souffrent de leur isolement, certains
pleurent après leur maman. Tout de même, un
échange de coups de pieds, une crise de manque.
Commentaire
– Le seul problème que j’ai
avec ce film : je n’y crois pas une minute ! Le
réalisateur a confirmé qu’il
s’agit d’un établissement «
normal ». Pas question ! Soit c’est une fabrication
de propagande, soit c’est une prison pour fils de notables,
ou en tous cas un établissement exemplaire, exceptionnel,
dont il aurait fallu expliquer la raison d’exister. Je ne
saurai jamais la vérité, bien
sûr… mais voyez Juizo (Behave), un peu plus loin,
et vous me comprendrez.
Verden i Danmark (The
World in Denmark/Le monde au Danemark) de Max
KESTNER, Danemark 2007 (35 mm, couleur, 40 min.)
Résumé
– Trois types d’images
pour construire un panorama de la société danoise
et de son devenir : des photos presque fixes de gens (un,
deux, trois
selon les cas) quelconques (un boucher, deux retraités, des
touristes, un conducteur de tram, une médecine etc.) qui se
succèdent devant un grand panneau de papier
quadrillé ;des kaléidoscopes tourbillonnants
d’images découpées et
ré-assemblées en vrac, esquissant chacun une vie,
des vies de toutes sortes ;et des séquences
brèves, calmes, évoquant des rêves de
gens de toutes sortes – rêves du sommeil
racontés en monologue, ou rêves
éveillés construits par dialogue avec un vendeur
de rêves (de voiture, de vacances, de maison, de
boulot…). L’on passe d’un type
d’image à un autre, en boucle.
Commentaire
– Cela se veut audacieux, novateur, et pas – mais
alors, pas ! – didactique ni prescriptif. Il faut
être beaucoup plus malin que moi pour y trouver du sens, ou
simplement de l’intérêt. J’ai
apprécié les photos fixes, parce
qu’elles sont faites pour être drôles, et
ça me va.
J’étais persuadé que ce film avait
reçu un prix (comme je suis féroce !) mais
c’est une erreur, j’ai
vérifié.
Surya (Surya, from
Eloquence to Dawn/Surya, de l’éloquence
à l’aube) de Laurent VAN
LANCKER, Belgique
2006 (35 mm, couleur, 76 min.)
Résumé
– Un conte est lancé
par une conteuse au bord de la Mer du Nord, repris à sa
façon et poursuivi par une conteuse tzigane en Slovakie,
puis par un chanteur sur le Bosphore. Viennent ensuite un conteur de
café à Damas, un Pakistanais devant son panneau
d’images sur une place de foire, une conteuse et ses
musiciens dans des rochers du côté de
Bénarès, et encore le Népal
d’autobus en autobus, le Tibet, des rappeurs au pied des
gratte-ciels de Shanghaï, enfin une danseuse au Vietnam. Entre
ces étapes, évocations onirisées des
longs et complexes déplacements, par les moyens locaux,
effectués par le couple des cinéastes.
Commentaire
–Un enchantement du début à
la fin. Assister au déroulement de ce « cadavre
exquis » qui réunit dans un même jeu
cultures et peuples depuis la mer du Nord jusqu’à
celle de Chine est un plaisir des yeux, des oreilles et du
cœur. Les styles des conteurs se renouvellent sans cesse,
leur joie de conter est communicative, la délectation du
cinéaste à nous faire goûter ses
trouvailles et son amour pour ses personnages nous sont transmises par
des images et des sons chauds de vie. Bien sûr, ce
n’est pas un documentaire, et bien que constituant le
meilleur moment de ce festival, il ne pouvait être
primé…
How to Save a Fish from Drowning (Comment
empêcher un poisson de se noyer) de Kelly NEAL,
Royaume Uni 2007 (Beta
DIGITAL, couleur, 13 min.)
Résumé
– Sur un étang
glacé du nord Dakota, une cahute cache un joyeux trio de
gros vieux occupés à vider un frigidaire. Ils
attendent que, sous le trou fait dans la glace auprès du
tabouret, un poisson se prenne à
l’hameçon. Pendant ce temps, ces dames au village
jouent au loto. Le moment venu, la voiture tire la cahute vers un autre
point de pêche. C’est tout ce qu’il reste
à faire dans ce coin de campagne
déserté par les actifs, depuis que de grandes
sociétés ont acquis les terres agricoles dont on
voit à perte de vue l’immensité,
exploitées semble-t-il sans besoin d’aucune
présence humaine.
Commentaire
– Un petit film
guilleret et plein d’humour. On sent que la jeune
réalisatrice est plus que bienvenue, grâce au
courant d’air frais qu’elle apporte à ce
quotidien monotone (il est vrai qu’elle chasse sur ses
terres, chez ses grands parents). Très propret, mais
guère plus qu’anecdotique, malgré
quelques références à la
mondialisation, tant il est vrai depuis toujours que l’on
vieillit et que les temps changent…
Juizo
(Behave/Jugement) de Maria Augusta FREIRE de CARVALHO
RAMOS,
Brésil 2007 (35 mm, couleur, 80 min.) Prix de la FIPRESCI
Résumé
– Dans un tribunal pour enfants,
Rio de Janeiro, les jeunes prévenus défilent
devant la juge. Ils sont là pour des affaires de drogue, de
vols, de violence. Dans la prison attenante, les adolescents attendent
leur moment de passer en jugement, ou purgent leur peine. Quelques
étapes de ce parcours : entrée dans
l’établissement (déshabillage,
fouille), transports (cages grillagées dans le
véhicule), repas dans le réfectoire –
tête baissée : la tension monte chez le personnel
pénitentiaire, stressé en permanence, quand les
détenus se retrouvent nombreux comme en cette occasion. Au
tribunal, face à face entre les professionnels –
juge, auxiliaires, avocats – et les amateurs –
jeunes effarés, comme leurs parents quand ils sont
là. -Quelques images sur le milieu extérieur
– où et comment ils vivent hors de la prison
– remplacent un cauchemar par un autre.
Commentaire
– La réalisatrice explique comment
elle s’y est prise pour contourner l’interdiction
prévalant au Brésil de montrer les visages de
prévenus mineurs. Elle a filmé les
séances de tribunal en direct, caméra le plus
possible dans le dos des prévenus, mais a fait jouer les
scènes de face par d’autres jeunes
d’apparence conforme, et originaires du même milieu
– plusieurs avaient déjà
fréquenté le même tribunal et la
même prison, d’ailleurs ! Le film doit beaucoup de
son intérêt à la
personnalité étonnante de la juge (on pense bien
sûr à 10° Chambre de Depardon), attentive
au cas et à son contexte, respectueuse, ne perdant aucune
occasion de faire la leçon à ces jeunes gens
– rappelés à leur
responsabilité, souvent à la stupidité
de leurs actes… et l’on sent qu’ils
n’ont jamais entendu un tel discours – tout en
assumant sans fard son rôle de gardien de la loi et son droit
à juger. Les avocats aussi tiennent leur rôle sans
caricature, et ce tribunal fonctionne de façon
décente, sous la pression effrayante « au suivant
! » du temps qui presse et du manque de moyens, dans un
système dont la vacuité ne laisse percer aucune
lueur d’espoir. Prix de la FIPRESCI : « Pour une
brillante description du cercle vicieux d’un
système judiciaire, au moyen d’un language
cinématographique aussi frais
qu’approprié ».
Moujarad Raiha (Merely
a Smell/Rien qu’une odeur) de Maher Abi SAMRA,
Liban 2007 (Beta
SP, N&B, 10 min.) Colombe d’Or du court
métrage.
Résumé
– Cinq
brèves séquences : un bateau au large de Beyrouth
; des hommes fouillent les décombres d’un
bombardement pour y retrouver des restes humains ;un
véhicule parcourt un champ de ruines urbaines dans la nuit ;
l’on charge des cercueils sur une camionnette ;et le bateau
à nouveau. La traduction du carton explicatif initial et des
quelques sous-titres (l’original est en langue arabe) tombant
largement au dehors de l’écran, une partie de ces
images restera cryptée.
Commentaire
– Sur ces cinq
séquences, seule la seconde est mémorable, mais
elle l’est. Les images bouleversantes de ces quelques hommes,
masques sur les visages pour cause de puanteur, qui remuent lentement
les gravats sous leurs pieds, au milieu desquels gisent leurs proches
– dans un silence brisé seulement par des
bourdonnements de mouches, un long cri d’enfant, et le
passage d’un hélicoptère -–
et l’accent ainsi mis sur la vie des vivants lorsque la mort
règne, ont valu à ce micro-film la Colombe
d’Or du court métrage : « Cinq prises de
vue – une dédicace – le reste dans votre
imagination ». Le journal de Leipzig revendicait de
n’avoir rien compris à un tel choix.
Doel Leeft
(Doel is Alive/Doel est vivant) de Tom
FASSAERT, Belgique 2006 (Beta DIGITAL,
B&N, 35 min.) Mention du Jury international (courts).
Résumé
– Doel, commune de la banlieue
d’Anvers, perd sa population et son futur depuis
qu’existe le projet d’utiliser son site pour
agrandir le port. Mais cette menace a déjà vingt
ans, et rien d’urgent ne se profile. Dans ce no
man’s land « spatial et temporel », les
rues et les maisons sont toujours là, personne ne
s’est donné le mal de casser, mais toujours plus
désertes… On fréquentera un petit
groupe d’habitants – des vieux, bien sûr
: entre autres, quelques amies qui épluchent des crevettes
en bavardant du passé et du futur, ou vont soigner leurs
poules et leurs endives ;un curé
délabré, à moitié fou
– son sermon d’apocalypse nucléaire,
écologique et sexuelle aurait pu être
imaginé par le Jules Romain des Copains ! – qui se
sait condamné et ne verra pas la fin du tournage. Sur un mur
nu à l’entrée du bourg, des tags
belliqueux mais délavés montrent que Doel a
protesté contre son sort, mais il y a bien
longtemps…
Commentaire
– Un joli moment de
nostalgie en noir et blanc, qui rejoint dans le même sac le
lac glacé du Dakota (voir ci-dessus ‘How to save a
fish…’). Certains ont bien aimé :
mention honorable du Jury international (courts) « De
vieilles gens se rebiffent et en vivent plus vieux ! »
Nu te supara, dar… (Don’t
get me
wrong/Comprenez-moi bien…) de Adina
PINTILIE, Roumanie 2007 (Beta SP, couleur, 50 min.) Colombe
d’Or du festival de Leipzig (longs)
Résumé
–Un homme et
range et
dérange des cailloux à longueur de
journée ;deux autres sillonnent la cour en une dispute
éternelle, l’un convaincu qu’il peut
sauver le monde en arrêtant la pluie, l’autre que
Dieu n’a rien à lui refuser ;un
quatrième enveloppe de son sourire béat et de ses
gestes doux des patients à l’esprit encore plus
sommaire que lui, bébés nus dans leurs couches,
pour les préparer à leur bain. Nous sommes dans
un établissement psychiatrique roumain, où nous
tournons d’un cas à l’autre comme un
poisson dans son bocal, jusqu’à ce qu’il
se mette à pleuvoir.
Commentaire
– Fallait-il filmer ?
C’est la
dignité humaine qui est en jeu… jeu ? Ce film fut
le seul à susciter sifflets contre bravos et vive
controverse au moment des commentaires. C’est un
mérite… est-ce toujours un mérite ? La
réalisatrice expliqua qu’allée
là-bas tourner son film de fin
d’études, elle eut l’autorisation du
directeur de filmer ce qu’elle voulait dans son
établissement ;qu’après deux ou trois
jours, elle eut repéré le type aux cailloux, puis
les deux schizophrènes, enfin le gentil soigneur ;et
qu’elle resta encore quatre jours pour les prises de vue. Ce
film a reçu le grand prix du festival – la Colombe
d’Or : « Nous pouvons nous reconnaître
nous-mêmes et nos vies dans les
répétitions de ces personnes. En huit jours et du
haut de ses 27 ans, Adina Elena Pintilie a su trouver
l’espoir enfoui dans la désespérance.
» Ceux qui l’aimèrent ont
loué le respect et l’amour manifestés
par ses images envers ces hommes démunis, ont
souligné l’importance d’en affirmer
l’humanité surtout dans le contexte roumain dont
on a trop vu jusqu’où il peut aller dans le rejet
des infirmes, ont défendu le droit et le devoir du
cinéaste de filmer et montrer. Ceux qui le
critiquèrent ont condamné le désir
irrépressible de montrer ce qui ne l’a jamais
encore été,
l’irresponsabilité de filmer sans avoir fait
l’effort de comprendre et de montrer sans faire
l’effort d’expliquer, le parallèle
écoeurant avec un visiteur de zoo ému devant des
bêtes qui ressemblent à des hommes, et
rappelé combien la bienveillance imbécile peut
faire de dégâts.
L’Avocat de la Terreur
(Terror’s Advocate) de Barbet
SCHROEDER, France 2007 (35 mm,
couleur, 135 min.)
Résumé
– Sujet : le personnage de
Jacques Vergès. Dans une première partie, lui
surtout s’exprime, et raconte comment, fils de
colonisé, il s’est engagé au barreau
contre le colonialisme français en Algérie, puis
pour le mouvement de libération palestinien. Puis il
disparut (années 1970) : on sait aujourd’hui
à peu près qu’il était
toujours là, mais on sait mal ce qu’il faisait.
Ensuite, Schroeder dresse un panorama du terrorisme international
– Fraction Armée Rouge, Carlos, etc. -–
dans lequel Vergès devient un témoin parmi
d’autres. Enfin sont évoqués des noms
célèbres qu’il a défendus :
Pol Pot dont il revendique l’amitié (Celui qui
n’a jamais péché, qu’il lance
la première pierre !), Barbie, Milosevic, et autres
chérubins.
Commentaire
– Dans le contexte
d’un festival du documentaire – la plupart du
temps, films à petits moyens, souvent tout petits
-– celui-ci impressionne par son coût
évident : par exemple, travail de recherche dans les
archives, la mobilisation des documents (passionnants)
utilisés, recherche et rencontre des témoins
interviewés, etc. Il impressionne aussi, bien sûr,
par la force de ses images, par la personnalité de
Vergès, par la gravité des faits dont il est
question. On ne s’y ennuie pas ! Mais qu’en
retient-on ? Comment Vergès est-il passé de sa
position de militant anti-impérialiste, celui qui
défendit et épousa Djamila Bouhired, à
celle d’histrion du prétoire ? Au moment de ce
virage, nous quittons Vergès (on laisse entendre que
défendre des Palestiniens était devenu une
routine qui l’ennuyait) pour survoler des faits et acteurs du
terrorisme, d’où il apparaît que ce
milieu est complexe, que les nazis y côtoient des
révolutionnaires, que certains ne sont peut-être
que des voyous, que d’autres, sincèrement,
« se rangent des voitures »… Faire du
pipeul avec des tueurs plutôt que des princesses, ce
n’est pas mieux.
Maria
de Wiktor ASLJUK, Bielorussie 2007
(Beta SP, couleur, 19 min.)
Résumé
– Une paysanne
d’âge moyen livre son lait au camion de ramassage,
vaque aux travaux de la ferme, médite dans sa cuisine devant
une fenêtre vide… Passent sa fille et son
bébé, passe un homme sans importance, elle
médite dans sa cuisine devant la fenêtre
vide… Retour en arrière, vieilles images de
télé : elle a été, toute
jeune, « meilleure paysanne de l’année
», estrade, médailles et journalistes.
Commentaire
– Sic gloria transit. Seul intérêt du
film : je n’aurais pas cru, ni vous non plus je pense, que ce
genre de récompense au plus stakhanovien ait pu avoir (au
moins dans l’esprit de monsieur Asljuk) l’effet et
les conséquences de la starisation.
La Mère (The
Mother) de Antoine CATTIN et Pawel KOSTOMAROV, Suisse
+France +Russie
2007 (Beta DIGITAL, couleur, 80 min.) Prix de la MDR.
Résumé
– « Mon rêve
a toujours été d’avoir des enfants.
» Elle n’est pas à plaindre, et ne se
plaint pas : elle en a neuf, elle les adore, ils semblent
heureux
ensemble et avec elle. Leur père qui la cognait a
été viré ;leur pauvreté ne
semble pas les affecter. La mère se bat avec une grande
énergie pour survivre, elle participe à la vie
sociale de son pauvre village : réunions du syndicat paysan,
séance de bal – oh, ces grosses
mémères qui se trémoussent aux bras de
leurs gros soulards, et rient à grandes bouches,
édentées par trop de grossesses
décalcifiantes ! A l’occasion, elle
reçoit dans son lit un monsieur (qu’il faudra
ensuite chasser), elle court après le train qui emporte son
fils au service militaire ;elle associe son aînée
à ses travaux – et celle-ci, enceinte puis
accouchée, accueille d’un rire encore
denté son premier enfant, et la promesse d’une vie
semblable à sa mère. Laquelle, accusant quand
même parfois la fatigue de tant de peines et travaux, avoue
pour finir qu’elle se sait cancéreuse, au bout de
son chemin.
Commentaire
– Quelle femme ! On ne la verra
jamais cesser de sourire. On peut trouver que des films russes montrant
des hommes inutiles ou nuisibles, perdus dans la vodka, la sieste, et
l’autodérision, et des femmes admirables portant
le pays sur leurs épaules, on en a
déjà vus. Dans celui-ci, les propos de Lyuba
bénéficient d’une
spontanéité qu’a permise sa longue
familiarité avec Cattin et Kostomarov. Mais rien de bien
neuf donc, et des faiblesses de montage qui rendent
incompréhensibles certains épisodes –
on voit un gendre partir en prison et c’est un fils
qu’on y retrouve… Prix de la MDR (Radio
centre-allemande) du film Est-européen : «
… Caméra et montage nous ramènent sans
cesse à ce maëlström
d’évenements et de coups du sort. Certaines images
nous hanteront longtemps, comme celle du gamin tirant un traineau dans
la boue de l’étable. Mais nous n’en
conservons pas un sentiment de malaise, au contraire : nous
rêvons et nous espérons avec Liouba et sa famille
exubérante. »
Pierwszy dzien (The
First day/Le premier jour) de Marcin SAUTER, Pologne 2007
(Beta SP,
couleur, 20 min.)
Résumé
– Dans un paysage de canaux,
roseaux, lacs et cabannes, fait pour pêcher et chasser, un
bateau va de hameau en hameau recueillir les enfants à
scolariser. Puis c’est la traversée vers
l’école-internat, où ils passeront le
trimestre. Malgré l’enthousiasme
salarié des responsables qui les accueillent et la
fête solennelle de la rentrée des classes, les
enfants font grise mine et s’enfuient en rêve vers
leur liberté passée. La première heure
de classe, consacrée à chanter la belle Russie et
son chef génial, paraît bien mériter
cette méfiance…
Commentaire
– Le
contraste entre la joie des gosses en milieu familial et leur tristesse
en milieu scolaire est un effet facile, et une idée
sommaire. Mais les magnifiques images, quasi immobiles, par lesquellles
on pénètre paisiblement dans un monde
semi-sauvage, la sensation de liberté que donnent ces grands
espaces d’eau, terre et ciel mêlés,
où les maisons précaires et rares soulignent la
fragilité de la présence humaine, sont des
moments de plaisir à savourer. Point
d’interrogation : est-il possible que cette heure de classe
ahurissante, où les enfants apprennent tout ce
qu’ils doivent à monsieur Poutine, soit un
document, et non une caricature ?
Matka
(Travelling/Migrateurs ) de Anastasia
LAPSUI et Markku LEHMUSKALLIO, Finlande 2007 (Beta DIGITAL, couleur et
N&B, 78 min.)
Résumé
– Au nord de la
Sibérie (mais y-a-t’-il un sud ?) sont les Nenets,
peuple de la toundra qui vit des rennes et suit leurs migrations. On
les voit pêcher, surveiller leur troupeau, tuer un renne pour
la peau et la chair, fabriquer les objets du quotidien, bavarder autour
du repas, préparer la migration, transhumer dans de grands
paysages blancs… Il faut tout de même se rendre en
ville pour l’examen médical de
l’aïeule faiblarde, qui meurt néanmoins.
Alors, retour au pays gelé et à ses rites
funéraires autour de tombeaux pas comme chez nous.
Commentaire
– Anastasia Lapsui est Nenet elle-même,
le film se déroule chez les siens, en toute confiance et
facilité par conséquent. Beau document
anthropographique, aux images et sons très
soignés – mais le cinquième
réalisé par ce duo sur ce peuple, et
c’est sans doute pourquoi, malgré son
évidente qualité, il ne pouvait être
encore une fois primé après tant de
récompenses déjà sur des produits
assez voisins. Après la séance, Anastasia, chaman
de son état, a étendu sur l’audience,
comme une couverture protectrice, un chant de bon voyage qui, en ce qui
me concerne, a fonctionné – la preuve !
Their Helicopter (Leur
hélicoptère) de Salomé
JASHI, Géorgie 2006
(Beta SP, couleur, 22 min.)
Résumé
– Des vaches sont traites,
images coupées par un ovale métallique qui fait
penser au rebord supérieur d’un bidon de
lait… La caméra reculant
révèle les vaches dans le pré, et
l’ovale est un hublot au flanc d’un
hélicoptère fracassé au sol. La
famille qui vit là, en haute vallée montagnarde,
loin de toute autre trace du monde moderne, a peu à peu
colonisé la carcasse pour les jeux des enfants et la niche
du chien, mais sans en épuiser toutes les ressources. Le
père s’affaire à acheminer un tuyau
d’eau jusqu’à la carlingue, dont on
pourra alors faire une étable.
Commentaire
–
C’est guilleret, toute la famille semble de bonne humeur, son
chien aussi, et l’hélicoptère
n’a rien de dramatique une fois qu’on sait
(après la projection, cependant) que ce n’est pas
une épave tchétchène qu’il a
fallu vider de ses cadavres, mais un transport de fromages dont les
pilotes vont bien, merci. Plus que ça, je ne vois pas quoi
dire.
Lucie
et Maintenant de Nicolas HUMBERT, Simone
FÜRBRINGEN et
Werner PENZEL, Suisse +France +Allemagne 2007 (35 mm, couleur, 86
min.)
Résumé
– Saviez-vous qu’en
1982, Julio Cortazar et sa compagne la poétesse canadienne
Coral Dunlop entreprirent de parcourir l’autoroute A7 pour la
dernière fois, de Paris à Marseille ? Ils se
savaient tous deux malades sans espoir. Leur règle :
s’arrêter visiter toutes les aires de
l’autoroute, et camper pour la nuit dans une aire sur deux.
Ils eurent trente trois jours de voyage, en firent un livre (Les autonautes de la cosmoroute
ou un voyage intemporel, Paris-Marseille, Gallimard 1983),
et
moururent dans l’année. Après ce rappel
en début de film, nous apprenons que ce voyage va
être à nouveau parcouru par un jeune homme et une
jeune femme, et une petite équipe de cinéma.
Après quoi, nous voyons en effet des aires de repos, des
lignes blanches continues ou discontinues, des voitures et camions, des
stations d’esssence, des prairies pour les crottes des chiens
ou la détente des enfants, des passagers et conducteurs
quelques instants à pieds, des ombrages de parking et, au
delà des limites de l’aire, de vrais
prés et de vrais bois. Sur fond de bruits de moteurs ou de
roulement de pneus, nous entendons notre voyageuse tenir son journal,
ou la voyons l’écrire, et contempler pensive ce
qui est sous ses yeux, parfois son compagnon.
Commentaire
– L’intérêt du
film s’arrête à la mort de Cortazar,
après cinq minutes. Le vide prétentieux des
réflexions de la voyageuse à propos des grillages
qui bornent l’autoroute, ou tout autre sujet propre
à l’excitation poétique et
méditative, forme un ronron qui berce soporifiquement la
contemplation de kilomètres d’asphalte
défilant sous le nez de la caméra.
He Fengming (Fengming,
a Chinese Memoir/Fengming, une
mémoire chinoise) de Wang BING, Chine 2007
(Beta DIGITAL,
couleur, 186 min.) Hors compétition
Résumé
– Dans un salon
étriqué, rempli de photos et bricoles
accrochées aux murs, et
d’étagères portant livres et souvenirs,
une vieille dame chinoise dans son fauteuil raconte sa vie pendant
trois heures. Brillante élève, elle a fait des
études qu’elle interrompt en 1949 par enthousiasme
pour la Révolution chinoise. Elle entre au Parti et dans un
journal où elle connaîtra son mari, autre
intellectuel. A la suite d’articles parus à
l’époque du Grand Bond en avant, il est
harcelé par ses pairs, puis par le parti. Elle le soutient
et se trouve attaquée à son tour.
Déportés tous les deux dans des camps
éloignés l’un de l’autre,
elle survit, lui meurt au cours de la grande famine qui a
ravagé la Chine. Libérée, elle est
à nouveau attaquée comme « fille de
propriétaire » lors de la Révolution
culturelle, et déportée ainsi que son fils
aîné. Elle en est encore sortie, et a fini par
obtenir, récemment, la réhabilitation de son
mari.
Commentaire
– La narratrice est cadrée en plan
fixe presque constamment, la lumière changeant lentement au
long de la journée jusqu’au passage à
l’électricité le soir. Ce ne sont donc
pas les virtuosités de la caméra ni de la bande
son qui donnent sa valeur à ce témoignage
d’une personne qui fait penser à des millions
d’autres, aux vies de tout un peuple. On écoute
Fengming parler comme on lirait un livre. Pourquoi filmer,
alors ? Pour
la « présence » étonnante de
cette femme, dont le courage et la dignité subjuguent, comme
le fait par moments, bouleversante sur ce visage presque toujours
impassible, la trace d’une émotion devenue soudain
trop vive.
Jacques Vercueil
49ème festival du film documentaire et
d'animation de Leipzig
du 30 octobre au 5 novembre 2006
Le jury oecuménique décerne son
prix au film Forever
de Heddy Honigmann, Pays Bas 2006.
Le film, de très bonne qualité
cinématographique, rencontre avec patience et respect des
êtres très différents les uns des
autres qui se rendent au cimetière du Père
Lachaise à Paris. Heddy Honigmann relie le royaume des morts
à celui des vivants en utilisant l’art pour
évoquer l’immortalité.
Pour le festival du film de Leipzig 2006, le jury
oecuménique a été
sélectionné par
INTERFILM et SIGNIS et se composait des membres
suivants :
- Thomas Bohne OR, Allemagne
- Piet Halma, Pays Bas (Président)
- Julia Laggner, Autriche
- Christiane Thiel, Allemagne
(Traduction: Christine Bolliger-Erard)
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