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Les Amis de la Chapelle Victoria

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65 av. Victoria, 06130 Grasse

11 sept.2005 : MARC BOSS

"ÉGLISE ET SOCIÉTÉ"

Professeur de théologie systématique à la faculté de théologie protestante de Montpellier


Dans son optique d'ouvrir le Temple à la cité, l'Association "Les Amis de la Chapelle" a initié un cycle deconférences pour réfléchir ensemble sur les relations entre Eglise et Etat, entre foi et engagement civique, entre religion et société, entre culte et culture.Après une première conférence donnée par Roland Poupin sur les cathares, c'est sur les défis de la sécularisation que nous avons cogité le 10 septembre.

Le christianisme, qui a fourni les fondements mêmes de la culture occidentale, se trouve désormais réduit à une minorité, tandis que la société, entre laïcité à la française et communautarisme anglosaxon, se voit confronté aux revendications d'autres minorités, d'autres logiques.

À quoi sert la théologie ? C'est sur cette question que Marc Boss ouvre ses réflexions sur les liens entre l'Eglise - ou les religions en général - et une société sécularisée. En effet, traditionnellement, une des tâches les plus importantes, sinon la plus importante, de la théologie était de "défendre" les positions de la foi contre toutes les autres, celles des autres religions comme celles de l'incroyance. Cette "défense" présuppose le recours à une raison pensée comme universelle. Mais voilà que cet universalisme est battu en brèche par des penseurs "post-modernes", dont les théologiens "post-libéraux" de l'école de Yale. Ceux-ci se réfèrent à Thomas Kuhn, philosophe des sciences qui a développé l'idée que la raison ne saurait juger tous les systèmes de pensée à la fois, "incommensurables" les uns par rapport aux autres, mais qu'elle doit se limiter à examiner la cohérence interne d'un système donné.

À partir de ces positions, Marc Boss aborde dans la deuxième partie de son exposé la relation entre les différents groupes religieux et l'ensemble de la société. L'Etat sécularisé reste neutre par rapport aux croyances, mais du coup il se prive d'une échelle de valeur partagée par tous. En ce qui concerne les grandes questions de la vie, chacun est renvoyé à son système propre, soit à l'intérieur d'une communauté donnée, soit en bricolant un patchwork de valeurs diverses. Dans une société indifférente à la question "des fins et des valeurs ultimes", les individus sont dépourvus de repères pour s'orienter parmi les systèmes de légitimation concurrents. Les communautés deviennent alors le relais indispensable pour fournir des "structures de plausibilité". Et c'est l'ensemble de ces communautés, interagissant de façon "oecuménique", qui rend viable la structure sécularisée de l'Etat. C'est là que le théologien luthérien Lindbeck voit la chance du christianisme en tant que "minorité créatrice".

Mais ces post-libéraux ne définissent pas les relations entre positions idéologiques contradictoires, voire conflictuelles. Vers la fin de sa vie Lindbeck en vient à militer pour l'établissement d'une norme scripturaire comme base d'un consensus moral, revenant ainsi en arrière par rapport à la "société ouverte" qu'il avait prônée - et la discussion fort animée qui a suivi l'exposé de Marc Boss a souligné le caractère utopique, pour ne pas dire illusoire, d'un oecuménisme généralisé : Comment en effet discuter avec des gens qui nient purement et simplement toute position différente ? Pour discuter ensemble il faut d'abord une volonté commune et des valeurs respectées par tous, et ce sont celles-là mêmes qui font aujourd'hui défaut.

Comme il se doit dans une discussion digne de ce nom, les questions l'emportent sur les réponses et chacun est invité à poursuivre cette réflexion salutaire. L'occasion en est donnée tout de suite lors d'un apéritif offert à l'issu de la conférence. Les uns et les autres ont pu ainsi prolonger ces débats passionnants dans une ambiance conviviale et chaleureuse. Un grand merci à Marc Boss d'être venu jusqu'à nous malgré les récentes intempéries.

Waltraud Verlaguet


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